Image montrant un barbelé pour illustrer les blessures causées par le pervers narcissique

L’amour vache, il y a beaucoup à dire dessus, et ça n’a rien à voir avec un remake de l’amour est dans le pré. Non, aujourd’hui, je viens vous parler de relations toxiques, dans lesquelles votre partenaire a une telle emprise qu’il vous “vide” de votre substance. Mauvaise nouvelle : ça fait mal et on en perd son identité. Bonne nouvelle : ça aide à se connaître et on s’en relève.

Je remercie Séverine de m’avoir fait confiance pour inaugurer cette rubrique, et j’espère que ce témoignage relatant mon expérience de vie avec un pervers narcissique ouvrira la voie à de nombreux autres écrits libérateurs. Ces lignes ne sont qu’une partie de mon histoire, un roman étant en cours sur le sujet.

J’ai rencontré mon manipulateur lorsque j’étais étudiante. J’étais pleine de vie. J’avais 22 ans. Il avait beaucoup d’esprit, de répartie, de charisme. Il était séducteur, plaisant et bien entouré socialement.

Lentement mais sûrement, il s’est rapproché de moi. Pour lui, j’étais unique, brillante, combative, drôle, joyeuse. Et c’est vrai que j’étais tout ça à la fois, une fonceuse, avec la rage de vivre, un sacré caractère, mais aussi une empathie démesurée.

Il me disait exactement ce que j’avais envie d’entendre, il semblait me comprendre comme nul autre avant lui.

Je ne me suis pas méfiée un seul instant, il semblait évident qu’il s’agissait de “l’homme de ma vie”. Notre relation est très rapidement devenue fusionnelle et passionnelle, j’ai accueilli cet “amour” qu’il m’offrait. J’avais tant besoin d’être aimée, on était sur la même longueur d’onde, je pensais avoir trouvé mon double.

Au bout de quelques jours, nous avons emménagé ensemble pour vivre notre histoire au grand jour. Il me couvrait de fleurs, de cadeaux, de restaurants, de mots doux à n’en plus finir. C’était le prince charmant en somme.

Il voulait tout connaître de moi. Je lui ai ouvert mon cœur, par amour. J’ai baissé les armes, par amour. Je lui ai donné un accès plein et entier à mes blessures, par amour. Et elles étaient nombreuses, il s’en est nourri.

Vivre avec un pervers narcissique, une épreuve de tous les jours

Dès le lendemain de notre vie commune, alors que j’aurais tout donné pour lui, il a fait preuve d’une jalousie excessive traduisant un besoin de reconnaissance pathologique.J’étais en voiture avec mon ex petit ami, qui m’amenait à la fac’. Nous avons croisé mon pervers narcissique sur la route. En rentrant le soir, il m’a reproché de voir encore mon ex, surtout que je lui tenais la main, ce qui n’était pas tolérable.

Je ne comprenais pas. Je lui ai dit qu’avec la pluie, il avait dû mal voir, jamais je n’avais pris sa main. De toute évidence, j’étais une menteuse, déjà prête à le tromper, et il ne supporterait jamais que j’en aime un autre.

J’ai argumenté, lui démontrant le ridicule de la situation. Je ne pouvais pas aimer une autre personne que lui, il était merveilleux, je l’avais “choisi”, je le rassurais. Il a fini par s’excuser, me rétorquant qu’il m’aimait tant qu’il avait peur de me perdre. C’est bien l’eau sur le pare-brise qui avait dû troubler sa vision.

Cependant, il était préférable que je ne parle plus à mes amis et à mon ex pour lui montrer mon amour et éviter de nouvelles disputes entre nous. Et ça a continué comme ça, doucement, insidieusement avec un chantage affectif quotidien. Mais toujours sous couvert de l’amour, c’était pour mon “bien”.

Les exemples sont nombreux, et pris isolément, ils peuvent paraître anodins :

  • Tu risques de grossir en mangeant cette tranche de jambon, il vaut mieux que tu fasses attention, tu n’es pas si mince
  • Tu devrais acheter des chaussures à talons pour enfin être sexy, tu pourrais faire cet effort pour être féminine
  • Ton devoir n’était pas si brillant, c’est bizarre que tu aies de si bonnes notes, tu as des profs un peu trop cool
  • Je ne comprends pas que cette personne s’intéresse à toi, tu n’es pas si extraordinaire
  • Tu ne te maquilles pas, on dirait un mec, ou alors, tu es trop maquillée, on dirait une pute

Des anecdotes comme celles-ci, j’en ai par dizaines. Je n’existais plus que pour lui, je m’oubliais. Peu à peu, il m’a coupé de mes amis. Peu à peu, il m’a coupée de ma joie de vivre. Puis, ce qui semble insignifiant au début devient évident une fois le piège refermé de cette histoire d’amour impossible.

Le pervers narcissique et l’amour : une relation violente, jusqu’à l’indicible

N’ayons pas peur des mots, j’ai eu l’illusion de vivre de si beaux moments avec lui que je ne pouvais me défaire de cet homme manipulateur. J’étais sous emprise, dans une dépendance affective liée aux souvenirs des jours parfaits et aux moments de réconciliation. Il y avait forcément du bon en lui, il y avait forcément quelque chose à sauver. Et aider les gens, c’est mon créneau.

Il voulait un enfant, un mini “nous”. Je savais que je pouvais mener de front une grossesse, des études et un job alimentaire. Au bout de huit mois de relation, je suis tombée enceinte, le rêve s’est transformé en cauchemar et ce fut une longue descente aux enfers.

Alors que je venais de lui annoncer la nouvelle, que je me réjouissais, il m’a demandé froidement s’il s’agissait d’une blague. Je lui ai montré le test de grossesse. Il s’est mis à crier, il était en colère. J’étais débile, j’avais mal compris, il ne voulait pas d’enfant avec moi. J’avais l’impression de vivre la vie d’une autre, c’était surréaliste, impossible. J’étais sonnée.

Il est redevenu mielleux et m’a dit “ne sois pas triste, j’ai une idée pour cet enfant”. Il était joyeux, il avait une solution, ça allait bien se passer. Je reprenais espoir, nous rigolions dans la voiture. Je ne savais pas où on allait, c’était une “surprise”.

Puis, les pneus ont crissé devant l’hôpital. Il a coupé le contact. Naïvement, je demande ce qu’on fait là. “Tu descends, tu vas avorter, et tout de suite. Tu crois quand même pas qu’on peut vouloir un enfant avec toi ?

Pauvre gosse, il serait pas gâté !”.

Je pleurais. Il criait. Je ne supporte pas les cris. Je suis descendue de la voiture. Il est parti en trombe. Il m’a plantée là. J’étais enceinte de trois mois. J’ai refusé l’avortement. Cet enfant était voulu. Attendu. Je le ferai seule s’il le faut. Mais j’assumais ma décision, notre décision. Je suis rentrée à pied. Je l’ai affronté.

“J’aurai cet enfant, avec ou sans toi”. Il a soupiré, “Si tu le veux vraiment, on le garde, n’imagine pas te débarrasser de moi si facilement“. Il est redevenu aimable et bien sous tous rapports quelques semaines, pour mieux m’étouffer ensuite. Il fallait me ménager, pour le bien-être du bébé, et arrêter mes études.

À l’aube de mes 24 ans, je devenais maman, mais je n’étais plus une amie, je n’étais plus une étudiante, je n’étais plus une femme. Je n’étais plus que l’ombre de moi-même, je ne voyais pas d’issue à cette relation, et j’étais épuisée.

Une semaine après l’accouchement, une anémie et une épisiotomie, j’étais moche, grosse, difforme et “imbaisable”. Mon pervers narcissique me réveillait sans cesse en pleine nuit. Sa technique : engueulade, reproches, culpabilisation, privation de sommeil. Voici un cocktail détonnant pour m’ôter le peu de force qu’il me restait, pour faire de moi un automate, pour annihiler toute réflexion.

L’instinct de survie, plus fort que le pervers narcissique amoureux

Je faisais des siestes en même temps que ma fille, quand mon manipulateur était au travail. Peu à peu, je récupérais le sommeil en retard et recouvrais mes esprits. On en était encore aux prémices d’Internet, Lycos allait chercher, mais ne trouvait pas de réponses à mes questions.

Alors, j’ai suivi mon instinct et ai vite compris que je devais être plus maligne que lui pour me sauver et sauver mon enfant. Le constat était simple, j’étais seule, sans amis ni famille, sans permis de conduire, et je n’avais pas un sou en poche. Il me fallait donc de l’aide extérieure.

En douce, je suis allée voir différents interlocuteurs. La PMI pour commencer. On m’a répondu que j’exagérais, il serait bon de consulter pour dépression. La police pour continuer. On m’a répondu que sans violence physique constatée, on ne pouvait rien faire, et que ça n’avait pas l’air bien méchant.

Dans ce genre de situation, si on n’a pas la chance d’être entourée, on reste bien souvent seul(e). Il faut alors trouver la force d’avancer. La première chose à faire, c’est d’être indépendant(e) financièrement. Alors j’ai trouvé un boulot dans un centre d’appels.

Bien sûr, ce n’était pas à son goût, je devais rester à la maison pour m’occuper de bébé. C’est là que j’ai compris la deuxième chose à faire, mentir pour aller dans son sens. Alors je lui ai dit que je faisais ça pour lui, pour qu’on puisse déménager dans une plus grande maison, ensemble, pour montrer la réussite de notre couple. J’ai caressé son ego, flatté son image, il ne pouvait dire que oui, tout narcissique qu’il était.

C’est moi qui nourrissais ses failles à présent. Mais il fallait continuer de dire oui à ses demandes, pour ne pas éveiller sa méfiance. Je me sentais en danger, il fallait la jouer fine. J’encaissais tout, tant sur le plan psychologique que sexuel, mais ça ne m’atteignait plus moralement. Je gagnais un SMIC, mais ce n’était pas suffisant pour mettre de côté et offrir une vie décente à ma fille.

Alors j’ai cherché un travail mieux payé. Lorsque j’ai décroché un entretien après l’envoi de 50 candidatures, sa réaction fut violente. “Toi, travailler en banque, tu ne sais même pas compter, ils ne te prendront jamais”. Mais j’ai décroché le poste pour une licence par alternance, et j’ai fini deuxième de la promo, malgré un cursus bien éloigné de l’économie et des chiffres.

Je gagnais désormais deux fois plus que lui et renouais quelques relations amicales. En décembre 2006, à 26 ans, alors que je rentrais d’un dîner professionnel de fin d’année, il était fou furieux que j’aie osé passer une soirée sans lui, me reprochant de préférer mon travail à notre couple.

Très calmement, je lui annonçais que c’était fini. Qu’il pouvait rassembler ses affaires et plier bagage. Ça l’a mis dans une rage folle. Il m’a pris par le cou et a commencé à serrer. Je lui ai foutu un coup de genou sur les parties intimes et j’ai sorti mon téléphone, le menaçant d’appeler ses parents. Il m’a supplié de ne pas faire ça.

J’avais renversé la situation, 4 ans plus tard, le pervers narcissique suppliait sa proie. Il fallait en finir, il fallait que je vive. J’ai mis le haut parleur et le téléphone a sonné. Il s’est rué sur moi, j’ai couru à l’extérieur de la maison. Il m’a rouée de coups, en pleine rue.

Mais j’étais déjà en ligne avec son père. Il revenait chercher son fils. Il avait perdu. Ce soir-là, j’étais enfin libre. Mais j’avais perdu la plus belle partie de moi-même : ma capacité à aimer.

Le manipulateur narcissique en amour n’arrive jamais seul

Le manipulateur ou pervers narcissique vous a choisi, vous, et pas une autre personne. C’est difficile à entendre, mais ce n’est pas un hasard. En effet, certaines personnes sont munies d’un détecteur contre les manipulateurs, et vous n’en êtes pas équipé(e). Ce n’est pas une tare, mais vous devrez apprendre à les reconnaître.

S’il vous a choisi, c’est parce que vous êtes quelqu’un de bien et de profondément altruiste, ayant du mal à concevoir qu’il existe tout simplement de mauvaises personnes. S’il vous a choisi, c’est parce que vous avez une histoire, un passé, qui a laissé en vous des blessures profondes, dont vous n’avez peut-être même pas encore conscience. S’il vous a choisi, c’est parce que vous êtes capable d’aimer, de façon inconditionnelle. C’est fascinant pour lui, qui n’éprouve ni sentiments, ni émotions.

Mon pervers narcissique m’a choisie pour de nombreux traits de caractère : bienveillance, dynamisme, générosité, empathie, joie de vivre, etc. Mon passé m’a fait accepter la situation pour de nombreuses raisons : enfance avec des parents toxiques, violences sexuelles, physiques, psychologiques, peur de l’abandon, manque d’amour, etc.

Ne croyez pas que les pervers narcissiques s’en prennent aux gens faibles. Au contraire, ils apprécient les personnes fortes, intelligentes, sociables. Le challenge n’en est que plus intéressant pour eux. Il est essentiel de comprendre que si vous avez pu être manipulé une fois, cela pourrait se reproduire.

Une relation toxique n’arrive jamais seule, elle répond à un schéma auquel vous êtes habitué(e) malgré vous, et il est nécessaire de vous protéger.

Pour cela, vous devrez travailler sur deux points fondamentaux :

  • la connaissance des manipulateurs et de leur mode opératoire
  • la guérison de vos blessures anciennes et nouvelles

J’ai replongé dans des relations toxiques, mais beaucoup plus courtes cette fois, auxquelles j’ai rapidement mis terme. Il était temps que je comprenne pourquoi cela m’arrivait pour m’en détacher une bonne fois pour toutes.

Guérir d’un pervers narcissique, c’est possible !

J’étais relativement jeune au sortir de cette histoire, et j’avais déjà subi de nombreux traumatismes. Après la rupture avec cet amour toxique, je n’ai pas suivi les étapes habituelles pour une reconstruction solide. Je n’ai pas pris de recul sur la situation, j’ai tout enfoui, j’ai gardé ça pour moi, en silence. J’ai avancé tête haute sans me retourner, comme je l’avais toujours fait.

On appelle ça la résilience, un mécanisme de protection développé par certaines personnes, qui vous donne une capacité innée à se relever, encore et toujours, quel qu’en soit le prix. Quinze ans plus tard, avec le travail que j’ai fait sur moi, je n’ai pas peur de dire que j’étais bien plus abîmée que je ne voulais l’admettre à l’époque.

La résilience n’a rien de magique sans l’acceptation. Et pour y parvenir rapidement, je ne peux que vous conseiller de ne pas faire comme moi. Afin de gagner du temps, d’éviter de nouvelles désillusions, de ne plus avoir peur et de repartir sur des bases saines après avoir subi une maltraitance psychologique, faites-vous aider !

Voici quelques idées pour vous reconstruire affectivement après un gros chagrin d’amour :

  • entamer une thérapie avec un psychologue ou un psychiatre
  • se documenter sur les relations toxiques et repérer leurs mécanismes
  • accepter et connaître vos failles
  • apprendre à s’aimer et à apprécier la solitude
  • s’offrir du temps pour soi et nouer de nouvelles amitiés
  • distinguer définitivement l’amour de la dépendance affective
  • témoigner sur Blablamour et vous libérer par l’écrit ou la parole
  • me contacter pour aller plus loin, j’ai la volonté d’accompagner les femmes et hommes victimes de pervers narcissiques en romançant leur histoire*

Soyez rassuré(e), chère lectrice, cher lecteur, si vous vivez en ce moment une relation toxique, ou si vous venez d’en sortir, une nouvelle vie s’offre à vous. Je peux vous assurer qu’au bout du tunnel, il y a de belles choses à vivre. Vous pourrez à nouveau aimer et faire confiance, ce n’en sera que plus fort.

Si j’avais un message d’espoir à faire passer, ce serait le suivant : les victimes de personnes toxiques sont de belles personnes. Vous êtes une belle personne. N’en doutez jamais !

Julia Ballard

* En attendant que le site de Julia soit opérationnel pour vous accompagner dans l’écriture de votre histoire, vous pouvez la contacter via love@blablamour.com je ferai suivre vos messages avec plaisir !